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Muriel Poli
est née à Paris en 1968
Elle a fait les beaux arts de Cergy Pontoise (diplôme 1992)

A propos de la série "Je te vois" de Muriel Poli présentée sur Vous êtes ici…

Tu ne le sais pas mais je te vois… Quelle est cette drôle de sensation d’avoir toujours quelqu’un qui nous regarde, un œil baladeur, observateur sans relâche de tous nos faits et gestes. Comme l’œil du cyclope, celui qui, déraisonnable car dépourvu de connaissance, fonctionne par passion plus que par réflexion.
Les œuvres de Muriel Poli nous renvoient à ces questionnements sur notre rapport au regard : au nôtre et à celui d’autrui. Cet œil qui est présent et se déplace dans chacun de ses dessins serait-il le reflet de notre propre regard? Les personnages sont-ils les observés ou les observateurs ? Sont-ils le reflet de nous-mêmes ? Une double facette, un regard ambigu entre l’image affichée, dite de façade et la vie intime, que l’on tait.
La société contemporaine et l’arrivée des nouveaux médias nous poussent à transgresser ce côté intime. Nous devenons des voyeurs, des curieux de la vie d’autrui, qu’ils soient connus ou inconnus. La télé – réalité nous présente une image, une fausse perception de la vie qui s'y déroule, une réalité pensée et non spontanée.
Etre vu sous son vrai jour c’est être vu sans le savoir ou s’observer soi-même.
L’œil qui se déplace dans les dessins de l’artiste serait- il ainsi le reflet de notre propre œil curieux ? de notre propre jugement sur nous - même ?
Dans ses œuvres, Muriel Poli, met en avant trois éléments, l’œil, le visage et la scène, qui semblent symboliser le regard, la conscience et la passion. Parfois l’œil et le visage se confondent. Le regard, toujours interrogateur, s’oriente le plus souvent vers la scène : deux corps entremêlés, un corps nu... La forme du visage semble caractériser dans le dessin cette notion de conscience. Placée au second plan, elle laisse part aux envies de curiosité ou à l’observation. Le rouge qui encercle l’œil dans chacune des œuvres de l’artiste vient rehausser un aspect d’interdit, un regard presque ensanglanté et menaçant. Ce cercle nous oriente également vers l’essentiel de l’œuvre : l’œil ou le regard qui est le sens du jugement.
C’est par le regard que je découvre, que j’interprète et que je juge.
Le regard se pose ici sur des corps nus, enlacés ou pas, renvoyant à la sexualité. Il y a dans ces silhouettes un aspect charnel renforcé par le côté animal de l’ensemble des œuvres : le noir rappelle un fourreau de plumes qui tantôt habille la conscience, tantôt accueille les mouvements des corps. C’est un voile sombre qui crée un habit qui se veut enveloppant et protecteur et qui introduit un côté poétique à cette histoire.
A l’image du narrateur de George Bataille dans l’Histoire de l’œil, auquel Muriel Poli fait référence dans cette série, l’œil est à la fois observateur et juge de son propre corps et des élans pervers auxquels il obéit. Par les détails de sa narration, Georges Bataille place le lecteur en situation d’observation et de jugement. Selon les mêmes principes, Muriel Poli nous pousse à nous interroger sur notre propre regard. Cet œil observateur, parfois malveillant est aussi, et surtout, celui du lecteur ou du spectateur.
C’est celui qui, par habitude, va se poser en curieux sur un autre que lui.