A propos de Greg Mattera
Qu’est-ce-qu’être un portraitiste aujourd’hui ? A la question qu’est-ce-qu’être un portraitiste, il est aisé de répondre. Ajouter le complément « aujourd’hui », rend la tache plus complexe. Parce qu’autrefois le portrait en peinture était la seule représentation possible comme inscription de l’homme dans une image qui traverserait les époques. Le portrait était caractéristique d’une personne, il se voulait représentatif d’une classe sociale, d’un rang familial, d’une fonction…. Avec l’arrivée de la photographie, le portrait en peinture a évolué, il s’est donné d’autres fonctions ; il n’avait plus nécessité d’être totalement réaliste ; il fallait décliner un autre cadre, le faire évoluer. C’est pourquoi la question qu’est ce qu’un portraitiste aujourd’hui est complexe. D’abord parce qu’elle requiert une définition bien plus large que celle de la représentation humaine ; ensuite parce qu’elle explore des champs multiples et des domaines très vastes.
On pourrait dire de Greg Mattera qu’il est un portraitiste contemporain. L’exploration du visage telle qu’il l’a déclinée depuis le début de ses recherches picturales l’a amené à une multitude de traductions. Car il s’agit bien là d’une traduction.
Portraits connus ou inconnus, Greg Mattera travaille sur l’autre en cherchant à le révéler. Il s’attarde sur le visage ; il travaille et retravaille son expression. De ces figures d’anges ou de démons ressortent plusieurs facettes. Comme les relations virtuelles développées aujourd’hui sur le net, l’artiste crée une proximité avec ces modèles qu’il ne connaît pas personnellement. Fascination ou attirance, c’est toujours pour ce qu’ils dégagent qu’il va s’y intéresser ; un regard vide serait également vide de sens pour l’artiste. A l’instar d’un photographe qui prendrait plusieurs clichés pour dévoiler toutes les facettes du modèle, Greg Mattera mixe les clichés pour les dévoiler d’un seul trait.
Son œuvre est ainsi multiple. Il s’agit de collages, de peintures, de photos, de couches qui s’ajoutent, se découpent, se collent et se décollent au fil des avancées de l’artiste. Donner une seconde peau, c’est donner à voir autrement. Les modèles au final ne sont presque plus reconnaissables. Au lieu d’élire la femme au rang d’icône, il place l’icône au rang de femme, tout simplement. Car ce sont bien de femmes dont il s’agit. De Madonna à Asia Argento, c’est un grand jeu de cache – cache que l’artiste nous donne à découvrir. A l’image d’un monde où les contacts se tissent sur la toile, l’artiste se crée un réseau, un monde au milieu de son monde. Le modèle est virtuel, il est universel, à la portée de tous ; il devient accessible.
La juxtaposition de la matière n’est pas là pour donner la forme mais pour mieux la dissimuler, les couches donnent les détails, les éléments nécessaires à la compréhension du personnage qui se trouve en arrière plan. Elles s’accumulent comme les rides du visage ; elles marquent un temps, celui d’une histoire que tisse l’artiste avec ses modèles, celui de l’amour des femmes, celui de l’infidélité face à la représentation … Il y a un double en chacune d’elle, un côté ange et un côté démon. Un monde entre les rêves éveillés de l’artiste et les cauchemars qui l’empêchent de fermer l’œil.
Il y avait un renvoi au pop art dans les anciennes toiles en aplats deux couleurs de l’artiste. Aujourd’hui cette facette du pop art se retrouve dans le concept même des collages, un mélange entre le virtuel et le réel, fabuleux ingrédients qui constituent aujourd’hui les deux facettes de notre société contemporaine.
Sarah Mattera
Mai 2009