Greg Mattera
 
 
 
 
 
 
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Emile Parchemin
 
Emile utilise le papier comme support, mais il a recours à un médium ancien : l’encre de chine, qui, par le biais d’un stylo tubulaire va devenir la marque de fabrique de tous ses dessins.
Notre Emile n’est pas peintre, pourtant il privilégie le travail d’atelier qui devient son labeur… Et comme si le temps lui était compté, l’obsession des minutes qui passent le pousse à comptabiliser chaque heure de travail, jour par jour, et à les réinscrire dans son agenda personnel. Peut—on d’ailleurs vraiment parler d’agenda (même si en y associant le mot personnel, on peut faire référence à bien des choses) lorsque celui—ci prend la forme de journaux accumulés jour après jour. Ces magazines, résultat d’une obsession quotidienne: trouver l’Equipe partout et n’importe où, constituent sa première activité de la journée: la lecture. Puis il passe au travail, heure par heure les traits s’enchaînent, et en fin de journée, il reprend l’Equipe du jour pour y noter ses heures de labeur. Il entasse les journaux soigneusement et quand le tas est trop important, il notera tout dans un agenda (au vrai sens du terme!) et laissera se broyer les heures de travail dans un container pour objets « recyclables ». La boucle est bouclée, un nouveau cycle recommence… les heures de travail, les traits qui se succèdent, les calculs infernaux, les dessins qui prennent forme ...

 

Guess who’s gonna play ?

Dans “Guess who’s gonna play?” Emile Parchemin poursuit sa quête d’une réalité altérée par les médias de masse. Cette fois il s’en prend à une télévision trop indulgente avec les acteurs de la scène politique incarnée par des présidents hypermédiatisés, Barack Obama et Nicolas Sarkozy, symboles d’une société où le contrôle de l’image passe avant tout par la maîtrise des canaux de communication.

Dans ce contexte médiatiquement hypertrophié, Emile Parchemin offre une lecture nouvelle du paysage politique. Pour ce faire, il opère un glissement vers l’univers numérique et propose un parallèle avec des jeux vidéos devenus cultes comme Zelda, GTA (Grand Theft Auto) ou Resident Evil. Cette confrontation entre personnages réels et personnages fictifs n’est pas sans rappeler la dichotomie entre électeurs et élus sur laquelle se construit la démocratie. En effet, à l’instar du joueur qui choisit un avatar pour le représenter tout au long du jeu, le citoyen élit les représentants qui défendront au mieux ses convictions sur l’échiquier politique.

Les diptyques de la série Guess who’s gonna play ? reprennent volontairement une esthétique audiovisuelle qui plonge le spectateur dans un environnement à la fois familier et incongru. Familier car nous évoluons dans une société de surabondance télévisuelle. Incongru car Emile Parchemin ne donne pas à voir de simples captures d’écrans mais des dessins réalisés méticuleusement au trait anglais. C’est la maîtrise de cette technique qui confère à l’œuvre son aspect hertzien et pixellisé qui subjugue le regard du spectateur, en attente de voir défiler sous ses yeux la séquence d’images à laquelle il est tant habitué, transgressant ainsi les codes d’une société surconditionnée par les images animées de la télévision.

Les images que l’artiste confronte ne sont jamais le fruit du hasard. C’est sans doute cette ambition qu’il convient ici d’affirmer. Dans Obama/Zelda, Emile Parchemin oppose ou rapproche (c’est selon) Link, personnage principal du jeu Zelda, et Barack Obama, président des Etats-Unis d’Amérique. D’un côté un personnage allégorique qui, armé de son épée et de son bouclier, doit résoudre des énigmes, explorer un monde imaginaire et combattre des ennemis fictifs jusqu’à délivrer la princesse Zelda. De l’autre, Barack Obama, adoubé par ses électeurs, multiplie ses interventions télévisées, affronte ses opposants, dénoue des conflits pour imposer sa vision de l’Amérique et du monde.

A travers cette nouvelle série, l’artiste explore des territoires différents, propose des déplacements d’un genre à l’autre et nous invite à examiner les feuilletons politiques du point de vue des jeux numériques avec ses avatars, ses intrigues, ses gameplay, tout en gardant l’esthétique numérique comme pour mieux définir les enjeux de ces médias. A travers cette nouvelle série, Emile Parchemin attire notre attention sur ces présidents d’un genre nouveau qui se jouent des médias comme nous jouons aux jeux vidéo et nous invite, que dis-je, nous exhorte à trafiquer le réel, à échapper aux médias, à brouiller les pistes, à créer des passerelles entre différents genres, en d’autres termes à passer du statut de spectateur à celui d’acteur.

Mauricio Estrada-Muñoz - 2009