Berbard Pras
 
 
 
 
 
 
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Bernard PRAS

L’aire de jeu de cet artiste est le domaine de chacun d’entre nous, notre intime, notre quotidien. D’abord parce qu’il récupère ces petits morceaux du passé de quelqu’un : tissus, objets, déchets, mobilier... Ensuite parce qu’il leur redonne vie dans une image connue de tous, qui fait référence à notre mémoire et qui nous renvoie au domaine du connu.
C’est pourquoi l’œuvre de Bernard Pras a ce quelque chose d’universel qui nous lie les uns les autres, de quelques nationalités que nous soyons, ou de quelques cultures, le lien devient cet objet qui va se transformer en matière première de l’œuvre.
Bernard Pras collecte tout et les petits riens, l’œil de l’artiste les pense dans leur globalité, sa main les ajuste, l’appareil photo fige le tout et l’œuvre naît.
Bernard Pras est un accumulateur. Son atelier pourrait être la déchetterie publique ou les rayonnages du secours populaire. Il sublime l’art du petit rien. Nos objets du quotidien deviennent ses outils, nécessaires pour servir son œuvre. Chacun de nous peut ainsi, de manière détournée, apporter sa contribution à l’élaboration de son travail. 
De ces chiffons, objets, ou mobiliers, l’artiste élabore un plan de construction à grande échelle, suivant une loupe dans laquelle le tableau prendra forme. Par l’agencement qu’il effectue, Bernard Pras fait apparaître des portraits qui nous renvoient à des icônes. A l’inverse des poubelles d’Arman dans lesquelles l’artiste souhaitait rendre une image précise et intime de la personne, les portraits de Bernard Pras jouent sur cette image figée qu’est devenue l’icône et sur tout ce qui en fait un cliché.. 
L’œuvre ainsi organisée ne prendra réellement forme que dans le positionnement infiniment précis de l’œil du regardeur ou de la focale de l’appareil photographique. Tout décalage ou désordre du point de vue entraîne la déconstruction de l’œuvre et la rend abstraite. 

Sarah Mattera - 2008